LA PRESSE PARLE DE NOUS


› Les travaux de génie civil de Martinique Numérique

Date : 26 novembre 2008
Presse : France Antilles Martinique- Lisa Marie-Magdeleine

LE HAUT DEBIT TRACE SON SILLON
Le chantier de construction du réseau haut débit est partout. Vous l'avez vu à l'Est, à
l'Ouest, au Nord, au Sud. Avancer de jour comme de nuit. Désormais, une petite tranchée
de 10 cm, creusée sur le bord de la route, accompagne presque tous vos déplacements.
Comment les travaux avancent ? A quoi ça sert ? Nous avons remonté le fil pour vous.

Le bourg de Rivière- Salée se réveille avec la gorge sèche. Dans la nuit, le chantier de construction
du réseau haut débit a rencontré quelques obstacles : dix canalisations d'eau ont été sectionnées par
la trancheuse, cette machine à dents qui creuse dans le bitume le sillon destiné à recevoir de la fibre
optique.

Pourtant, le trou ne mesure en théorie que 35 cm de profondeur, pour 10 cm de large. Les ouvriers
ne sont donc pas censés rencontrer d'autres réseaux (habituellement enfouis à 60 cm). « Cela arrive
de temps en temps » , explique l'un des sous-traitants de Sogetrel (l'entreprise qui pilote la
construction). Dans ce cas, il faut réagir très vite et trouver une solution en quelques heures. Ce
matin-là, la situation est rétablie vers 8h30. Certains habitants n'ont même pas eu le temps de se
rendre compte de la coupure (1).


Mais déjà, il faut faire face à une autre inquiétude : les transporteurs ont lancé un mouvement social.
Impossible de commencer une nouvelle section de chantier, si la bande de 300 mètres
réglementaires n'est pas refermée par du béton. C'est une question de sécurité. « Voilà le genre
d'obstacles que nous rencontrons chaque jour, reconnaît la délégation de service public (DSP)
Martinique numérique. Après la houle du cyclone Omar, nous avions aussi manqué d'enrobé, car les
collectivités avaient tout réquisitionné pour réparer les routes. »

10 km creusés par semaine
La construction du réseau, qui a pour but d'amener l'internet à haut débit dans tous les foyers (au
minimum 512 Ko), a en effet pris six mois de retard. Toutefois les prévisions restent optimistes : les
travaux de génie civil devraient s'achever en mars 2009. Sur les 250 km de réseau à réaliser, 130 km
de microtranchées ont déjà été creusés. « Chaque semaine, on progresse de 10 km » , indique
Martinique numérique.


Concrètement, cela signifie qu'en 2009, tous les opérateurs pourront techniquement proposer à leurs
abonnés les offres « triple play » (internet haut débit, téléphonie illimitée et télévision sur internet).
(1) La semaine dernière, à Trinité, la trancheuse serait aussi à l'origine des nombreuses pannes sur le
réseau Orange (voir France-Antilles du 19 novembre « Coupés du monde » ) a indiqué France
Télécom, qui menace de porter plainte si un tel incident devait se reproduire.


Ce qui va changer pour les particuliers
Va-t-on enfin résorber ce qu'on appelle couramment « la fracture numérique » ? Concernant la baisse des
prix, tous nos interlocuteurs restent assez évasifs et s'en remettent au libre jeu du marché : « Le fait de
proposer aux opérateurs alternatifs d'autres tarifs que ceux de France télécom devrait faire jouer la
concurrence et tirer les prix vers le bas. Mais chaque opérateur décidera si la baisse peut être répercutée sur
le client final » , explique- t-on à Martinique Numérique.

Ce qui est sûr en revanche, c'est que pour le même prix, le nombre de services augmentera. Tous les noeuds
de raccordement d'abonnés (NRA) dégroupés peuvent proposer la télévision par internet, en plus de la téléphonie
illimitée et de l'internet. Selon France Telecom, 88% des centraux le sont désormais, essentiellement
avec l'opérateur Outremer Telecom. En face, Mediaserv accuserait un certain retard, mais qui devrait être
comblé courant 2009, dans la zone Centre en particulier.
Et pour le débit ? Les heures de téléchargement ne deviendront-elles qu'un mauvais souvenir ? Que les choses
soient claires, la fibre optique n'entrera pas directement dans les foyers. « Mais grâce à nos équipements, les
particuliers pourront accéder jusqu'au 20 méga, via leur opérateur » , indique Martinique numérique. Les
entreprises et les sites publics remarquables, quant à eux directement raccordés au réseau de fibre optique,
pourront frôler les 100 méga sans problème (par exemple pour les visioconférences).
« Nous sommes en quelque sorte des grossistes de bande passante. Nos seuls clients seront les opérateurs
qui possèdent la licence. A charge pour eux d'acheminer la bande passante jusqu'aux foyers, en utilisant les
fils de cuivre traditionnels » insiste Willy Gromat, le directeur de Martinique Numérique.
Ainsi l'arrivée d'un réseau de fibre optique concurrent de celui de France Telecom devrait-il surtout changer la
vie des opérateurs alternatifs.
En espérant que la concurrence profitera aussi aux consommateurs martiniquais.


REPERES
Martinique numérique ou Matnik Limérik
C'est le nom de la structure chargée de la délégation de service public, lancée par la Région, pour construire
un 2e réseau, concurrent de celui de l'opérateur historique France Telecom. D'une durée de 20 ans, cette DSP
a pour objectif de fournir un accès à l'internet haut débit (minimum 512 Ko) à tous les Martiniquais.
La DSP est constituée d'actionnaires (Sogetrel, entreprise de construction et maintenance de réseaux ; le
groupe Loret, qui possède également l'opérateur Mediaserv ; LD collectivités). Pour fonctionner, elle reçoit des
subventions (Europe et Région) à hauteur de 25 millions d'euros.
Une centaine de personnes embauchées
Pour réaliser les travaux de génie civil, Sogetrel (qui s'est spécialisée dans les Délégations de service public de
ce type en France et dans les DOM) fait appel à 10 sociétés sous-traitantes antillaises.
« Nous faisons ainsi travailler une centaine de personnes pour construire le réseau » indique l'entreprise.
Calendrier : quelques mois de retard
Initialement prévue pour novembre 2008, la fin des travaux de construction du réseau haut débit est
désormais repoussée à mars 2009. Avec une mise en service progressive, qui devrait être achevée en
septembre 2009.
Le réseau point par point.
Les quelque 200 000 lignes téléphoniques de l'île (fil de cuivre) se rejoignent dans des noeuds de
raccordement d'abonnés (NRA), propriété de France telecom. On compte 51 NRA en Martinique. Le réseau
actuellement en construction a pour objectif de relier tous ces NRA entre eux, ainsi que des points
stratégiques, comme l'aéroport, les zones industrielles et d'activités, l'université, les sites publics, etc.
Au total, Martinique numérique recense 98 points remarquables à raccorder en fibre optique. Tous ces points
convergent ensuite vers la « salle blanche » au Lareinty, sorte de quartier opérationnel où arrive le câble sousmarin
de Guadeloupe (par MCN, middle Caribbean network). C'est aussi de cette salle que repart le câble en
direction de Porto Rico, qui est connecté au réseau mondial.



Encore 6 000 foyers privés de haut débit
Dans les zones peu peuplées, très éloignées d'un noeud de raccordement, il reste aujourd'hui difficile d'obtenir
une grande quantité de bande passante. Ces zones restent donc inéligibles pour le haut débit : les services sont
restreints, et la vitesse de navigation sur internet très limitée.
Plusieurs quartiers, privés de haut débit, ont lancé récemment des pétitions (Morne-Pitault, Roches Carrées,
Ravine Touza...) pour tenir Martinique Numérique informée de leur situation. Car l'un des principaux objectifs de
la DSP, c'est d'amener le haut débit à tous les foyers. Une bataille feutrée se serait ainsi engagée entre France
télécom qui propose aux collectivités de réduire les zones d'ombre (service payant utilisant un système filaire), et
Martinique numérique, qui propose des solutions non payantes (raccordement par wifi ou par le réseau
hertzien). L'opérateur historique met en avant sa solution, qui permet d'accéder à la TV par internet. Martinique
numérique souligne quant à elle le fait que le système hertzien ou wifi couvre une zone plus étendue. Mais le
problème, c'est que pour connaître la localisation exacte des zones non éligibles, Martinique numérique reste
soumise à France Télécom (service payant).



DE 300 METRES EN 300 METRES
Acte I. La trancheuse, bruit et poussière
Une fois que le conducteur de travaux a dessiné son tracé au sol - une ligne de 300 mètres maximum
- la trancheuse entre en action. En quelques dizaines de minutes, elle creuse une microtranchée, dans
laquelle les ouvriers installent trois tuyaux encore vides. Bientôt, on y portera la fibre optique.
Aujourd'hui, huit trancheuses s'activent sur notre île. Avant le début des travaux, on n'en comptait
qu'une, qui avait servi lors de la construction de l'autoroute.

Acte II. Vert, rouge, gris pour être raccord
Trois tuyaux, un vert, un rouge, un gris, attendent au garde à vous, la tête sortie du bitume. La
bobine où s'enroulent des centaines de mètres de ces conduits en plastique, se positionne. C'est le
moment de prolonger le réseau avec 300 mètres supplémentaires. Le tuyau vert servira le premier,
pour la production de la bande passante. Le rouge, c'est le tuyau de maintenance. En cas de panne,
il vient soutenir le 1er. En cas d'évolution technologique, le gris se pose là. Chaque fourreau contient
normalement 72 fibres optiques, reparties en six brins de douze.

Acte III. Couvrir et laisser reposer
Afin d'éviter les accidents, un chantier se termine toujours par l'arrivée de la bétonneuse, pour recouvrir le trou.
Pour l'instant, les tuyaux restent vides. Dans quelques semaines, Sogetrel « portera la fibre à l'eau » . Cette
expression d'initiés désigne l'opération qui consiste à faire rentrer la fibre optique dans les tuyaux déjà installés.
Au lieu de tirer la fibre à la main avec une « épingle » comme avant, une machine, située à chaque extrémité du
réseau envoie de l'eau sous pression. La fibre avance alors grâce au courant, d'où l'intérêt de ces tuyaux, vrillés
à l'intérieur.

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